À retenir
  • En freelance, vous restez titulaire des droits sur le code que vous écrivez. Le client n'en devient titulaire que si une clause de cession écrite le prévoit.
  • Une cession n'est valable que si elle est précise : chaque droit cédé, son étendue, sa destination, le territoire et la durée (article L.131-3 du Code de la propriété intellectuelle).
  • En portage salarial, vous êtes salarié : les droits sur le logiciel créé dans le cadre de vos fonctions reviennent en principe à l'employeur (article L.113-9), qui les cède ensuite au client dans le contrat de prestation.
  • Vos outils, scripts et librairies antérieurs doivent être listés en annexe du contrat. Sans cela, une clause large peut les inclure dans la cession.

Le code que vous écrivez en mission ne vous appartient pas forcément. Mais il n'appartient pas automatiquement au client final non plus. Tout dépend de votre statut et de ce que dit le contrat, et c'est précisément la clause que la plupart des consultants IT signent sans la lire.

Cet article fait le point sur les règles qui s'appliquent au freelance et au salarié porté, puis donne une liste de contrôle à passer avant chaque signature. Il ne remplace pas l'avis d'un avocat sur un contrat précis, mais il vous permet de poser les bonnes questions.

Le principe : un logiciel est une œuvre, et son auteur a des droits

En droit français, un logiciel est protégé par le droit d'auteur, dès sa création et sans aucune formalité. Le code source, le code objet, l'architecture et la documentation de conception sont couverts. Les idées, les algorithmes et les fonctionnalités en tant que telles ne le sont pas : seule leur expression, c'est-à-dire le code écrit, est protégée.

Les droits d'auteur se divisent en deux familles. Les droits patrimoniaux permettent d'exploiter l'œuvre : la reproduire, la modifier, la distribuer, l'adapter. Ce sont eux qui se cèdent et qui ont une valeur économique. Les droits moraux sont attachés à la personne de l'auteur et ne se cèdent pas, mais pour un logiciel ils sont très réduits : l'auteur ne peut ni s'opposer aux modifications ni exercer de droit de retrait, sauf atteinte à son honneur ou à sa réputation (article L.121-7).

En freelance : le client paie une prestation, pas une cession

Quand vous travaillez en indépendant, en micro-entreprise, en SASU ou en EURL, vous n'êtes pas le salarié de votre client. La règle est donc simple : vous êtes l'auteur, vous restez titulaire des droits patrimoniaux, sauf si un contrat écrit organise leur transfert.

Payer une prestation de développement ne transfère rien par défaut. Un client qui n'a pas de clause de cession dispose au mieux d'un droit d'utilisation implicite, dont les limites sont floues et se tranchent en cas de litige. C'est pour cette raison que presque tous les contrats de prestation IT contiennent une clause de cession, et que cette clause mérite d'être lue.

Ce qu'une clause de cession doit contenir pour être valable

L'article L.131-3 du Code de la propriété intellectuelle impose que chaque droit cédé fasse l'objet d'une mention distincte et que le domaine d'exploitation soit délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. Une clause valable précise donc :

Une formule vague du type « le client devient propriétaire de l'ensemble des livrables » est fragile juridiquement. Elle n'est pas pour autant sans effet, et un litige coûte toujours plus cher que dix minutes de relecture.

La cession des œuvres futures est interdite L'article L.131-1 frappe de nullité la cession globale des œuvres futures. Une clause qui céderait par avance « tout ce que le consultant développera », y compris hors du périmètre de la mission, est contestable. La cession doit porter sur les livrables de la mission, identifiés.

En portage salarial : l'employeur est titulaire, puis cède au client

Le salarié porté est lié à sa société de portage par un contrat de travail. C'est ce qui change la nature de la question. L'article L.113-9 prévoit que les droits patrimoniaux sur les logiciels créés par un salarié dans l'exercice de ses fonctions, ou d'après les instructions de son employeur, sont dévolus à l'employeur. C'est une exception au principe général selon lequel le contrat de travail ne transfère pas les droits d'auteur.

Dans le schéma du portage, la société de portage signe avec le client un contrat commercial de prestation. C'est dans ce contrat que figure la cession des droits au client final. En pratique, cela signifie trois choses :

Faites relire votre contrat de mission

Chez SmartWAY IT, chaque contrat de prestation est relu avec le consultant avant signature : périmètre, cession des droits, travaux antérieurs, clauses de non-sollicitation. En portage salarial comme en freelance.

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Le point que tout le monde oublie : vos travaux antérieurs

Vous arrivez rarement en mission les mains vides. Vous apportez des scripts, des librairies, des modèles, des templates d'infrastructure, des notebooks. Ces éléments existaient avant le contrat, et ils vous appartiennent.

Le risque est simple : une clause qui cède « tous les éléments livrés au client » peut les englober dès lors que vous les avez intégrés dans un livrable. Pour l'éviter, la pratique consiste à :

Le cas de l'open source

Deux situations se présentent souvent. La première : vous intégrez une bibliothèque open source dans un livrable. Sa licence s'impose au client, et certaines licences, comme la GPL, imposent de publier le code dérivé en cas de distribution. Le client doit le savoir avant, pas après. La seconde : vous contribuez à un projet open source pendant votre temps de mission. Cette contribution engage le client, qui paie ce temps, et doit être autorisée par écrit.

SituationFreelancePortage salarial
Titulaire des droits sans clauseLe consultantLa société de portage (L.113-9)
Qui négocie la cession avec le clientLe consultant, seulLa société de portage, avec le consultant
Travaux antérieursÀ lister en annexeÀ lister en annexe
Droits morauxConservés, très limitésConservés, très limités

La liste de contrôle avant de signer

Questions fréquentes

Puis-je réutiliser chez un autre client un code écrit pour une mission précédente ?
Pas le code livré s'il a été cédé : il appartient désormais au client. Vous restez libre de réutiliser vos compétences, vos méthodes et vos éléments préexistants exclus de la cession. C'est pour cette raison que l'annexe des travaux antérieurs est importante.
Un contrat sans clause de cession est-il un problème pour moi ou pour le client ?
Surtout pour le client, qui ne détient pas clairement les droits sur ce qu'il a payé. Pour le consultant freelance, l'absence de clause laisse les droits de son côté, mais crée un risque de litige et de relation dégradée. Une clause claire protège les deux parties.
Le client peut-il m'interdire de mentionner la mission dans mon CV ou sur LinkedIn ?
C'est une question de confidentialité, pas de propriété intellectuelle. Une clause de confidentialité peut interdire de citer le nom du client ou le contenu du projet. Vous pouvez en général décrire votre rôle et votre stack de façon anonymisée : « grand groupe bancaire, plateforme data Azure ».
En portage, qui est responsable si le client conteste la cession ?
La société de portage, qui est partie au contrat de prestation avec le client. C'est l'un des avantages concrets du portage : le risque contractuel est porté par une structure dotée d'une responsabilité civile professionnelle, et non par le consultant seul.